Les Grands peintres face aux grandes épidémies

Nicolas Poussin – La peste

 

Ce Virus s’est jeté  sur la  population mondiale , fonçant sur ses proies et tuant plus de 5 millions de personnes le regard des peintres ne pouvait pas être absent de cet événement planétaire . Face aux pandémies qui dévorent la Terre et déciment les vivants, l’artiste sort de sa réserve ou de sa timidité. Il n’hésite pas a s’attaquer frontalement à ce que sa vue lui offre . Il devient un témoin de son temps , un acteur de ce triste spectacle qui par son coup de crayon immortalise les accidents de la vie.


Les  galeries a travers le monde et également les musées sont le reflet de cette créativité de ces artistes extraordinaires qui nous ont légué ce merveilleux patrimoine .

Bien avant la photographie et le cinéma, le dessin et la peinture étaient les meilleurs mémorialistes et chroniqueurs des calamités qui ont endeuillé le monde. Ils ont été témoins des guerres et des revolutions , des découvertes scientifiques et de continents lointains . Grace leur en soit rendue .

La pandémie actuelle a mis en exergue  l’orgueil et l’arrogance de certains États . Comme un effet domino, tous se plient, même les plus irréductibles et réfractaires, face aux diktats du confinement et de mesures prophylactiques drastiques. C’est encore aujourd’hui les seules parades que l’on ait trouvées. 
 
Aujourd’hui, plus de trois milliards d’humains subissent les assauts de nouvelles vagues  .Le chiffre des personnes infectées enfle, les taux des patients suffocants dans les urgences des hôpitaux explose et les cimetières débordent. Mais la Terre en a vu d’autres ! Des pandémies aussi violentes, plus létales également. Mais peut-être pas de cette ampleur ni avec ces déconcertantes capacités de prolifération et de transmission.

La syphilis, avec son cortège de pustules, de chancre, de hideur physique et morale, avait déjà frappé l’imaginaire populaire quand la licence et le laxisme n’avaient pas encore ouvertement droit de cité. Et que la religion maniait avec dextérité le spectre de la punition divine pour une concupiscence sans frein. 
 
 
Brueghel, la peste 
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Albrecht Dürer, dans une de ses gravures réalisée en 1490, s’est emparé de cette imagerie tourmentée. Jérôme Bosch et Breughel – son tableau Triomphe de la mort apparaît comme une puissante allégorie aux allures de grandiose apocalypse – ont évoqué, certes, la joyeuse et paillarde ronde de l’aventure humaine mais sans omettre, telle une constante épée de Damoclès, la menace d’un mal inconnu. 
 
Les jardins des délices sur cette terre, depuis l’Antiquité et la Renaissance, sont bien des utopies… Malgré toutes les sophistications des diverses civilisations, le symbole de la tour de Babel demeure une évidente métaphore de tout ce que l’être ne peut déchiffrer, y compris les maladies qui l’assaillent…Séville en 1649 sous le flot noir de la peste ; Londres sous les flammes en 1666, incendiée tel Rome pour en finir avec une peste qui colle aux murs de ses habitations vétustes et insalubres ; Marseille en 1720, ville portuaire sous l’impitoyable faux d’une peste importée du Levant… 
 
Trois villes européennes (tout comme la communauté occidentale actuelle) dans l’œil des cyclones qui vont affoler et écarteler les populations. En sont restées des images terribles dont l’horreur, les débâcles et les affres sont rapportées par des peintres. Séville sous les griffes de la mort est représentée comme une vision dantesque par le coloriste baroque Pedro Atanasio Bocanegra, dans son Allégorie de la peste. 
 
Londres ravagée par les langues orangées des flammes est-elle le fruit d’une négligence d’un boulanger au départ ou celle d’une volonté d’extinction forcée pour venir à bout de l’épidémie de peste ? Sans se prononcer, le pinceau de Lieve Verschuier cerne le fracas de ce brasier immense et tragique… 
 
À Marseille, des scènes déchirantes témoignent des cours jonchées de cadavres et de la multitude de moribonds, sous le pinceau de Michel Serre qui a mis de côté son inspiration religieuse pour s’ériger spectateur d’un drame humain incommensurable dans son tableau Peste, Hôtel de ville.Au Moyen-Orient, Jérusalem, ville phare approchée par Pierre Loti, Lamartine et T.E. Lawrence, n’est pas épargnée. 
 
Nicolas Poussin, maître du classicisme, membre de la cohorte de prestigieux hommes de lettres et dramaturges tels Boileau, Racine, Corneille et Molière, se penche aussi sur la peste. Sa toile La peste d’Asdod peinte en 1630-31 oscille entre atmosphère italianisante (car il séjournait en ce temps-là à Rome) et épidémie de la peste chez les Philistins. Un mélange de genre dont l’enjeu était de parler justement d’une peste qui frappait le nord de l’Italie. 
 
L’Italie rongée aujourd’hui par le coronavirus, est-ce un perpétuel et ironique recommencement de l’histoire ou un malencontreux hasard ?La peste a aussi interpelé le peintre Antoine-Jean Gros, élève de Jacques-Louis David, qui ne s’est pas contenté des Enlèvements des Sabines mais a livré aussi, sur commande, une œuvre mystique en faveur des pestiférés de Marseille en 1720. Tout comme son maître (dont il devient l’égal sans le dépasser), Antoine-Jean Gros représente Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, un épisode marquant de la campagne d’Égypte de l’empereur. 
 
Cette magnifique composition met en lumière le courage de Napoléon face aux ravages de la peste, défiant ainsi la putréfaction, la contagion et les plaies purulentes. Une toile qui glorifie le pouvoir à travers les maladies insidieuses qui terrassent le commun des mortels. 
 
Les contemporains du petit Caporal (surnom de Bonaparte) et la postérité retiendront cette image de grandeur, d’humilité, de charité et compassion humaine. Une image que la peinture a répercutée en écho des victoires napoléoniennes…Ces chapelets de maladies ont exclu du bonheur bon nombre d’artistes. Les larmes versées et les montagnes de déveine ont rendu leur travail inoubliable et leurs œuvres exceptionnelles ! 
 
 
Fichier:"Agony" by Arshile Gorky.jpg
Arshile Gorky 
 
Dans ce carrousel de génies maudits, sans que forcément les pandémies soient omniprésentes, on doit inclure parfois des maux plus secrets, ceux de l’esprit, de l’âme, de la raison, d’une certaine malchance. De Van Gogh à Arshile Gorky en passant par Nicolas de Staël, Jackson Pollock, Modigliani ou Frida Kahlo, la peinture a fait d’étonnantes révélations…
 
Avec la féroce fureur des figurations libres, Keith Haring, peintre et graffeur, décédé à 31 ans du sida et porte-parole pictural d’un mouvement tirant à boulets rouges contre toute ségrégation sexuelle ou raciale, a construit son Once Upon a Time, une œuvre labyrinthique d’une décapante modernité, abrasive et iconoclaste. Pour parler à symboles ouverts de ce qui a contaminé son sang et écourté sa brève traversée humaine.Ce Covid 19 disparaitra et l’art restera , les artistes seront representer la terreur et le courage de l’humanité .
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Les Grands peintres face aux grandes épidémies

Nicolas Poussin - La peste

 

Ce Virus s'est jeté  sur la  population mondiale , fonçant sur ses proies et tuant plus de 5 millions de personnes le regard des peintres ne pouvait pas être absent de cet événement planétaire . Face aux pandémies qui dévorent la Terre et déciment les vivants, l’artiste sort de sa réserve ou de sa timidité. Il n'hésite pas a s’attaquer frontalement à ce que sa vue lui offre . Il devient un témoin de son temps , un acteur de ce triste spectacle qui par son coup de crayon immortalise les accidents de la vie.

Les  galeries a travers le monde et également les musées sont le reflet de cette créativité de ces artistes extraordinaires qui nous ont légué ce merveilleux patrimoine .
Bien avant la photographie et le cinéma, le dessin et la peinture étaient les meilleurs mémorialistes et chroniqueurs des calamités qui ont endeuillé le monde. Ils ont été témoins des guerres et des revolutions , des découvertes scientifiques et de continents lointains . Grace leur en soit rendue .
La pandémie actuelle a mis en exergue  l’orgueil et l’arrogance de certains États . Comme un effet domino, tous se plient, même les plus irréductibles et réfractaires, face aux diktats du confinement et de mesures prophylactiques drastiques. C’est encore aujourd’hui les seules parades que l’on ait trouvées.  Aujourd’hui, plus de trois milliards d’humains subissent les assauts de nouvelles vagues  .Le chiffre des personnes infectées enfle, les taux des patients suffocants dans les urgences des hôpitaux explose et les cimetières débordent. Mais la Terre en a vu d’autres ! Des pandémies aussi violentes, plus létales également. Mais peut-être pas de cette ampleur ni avec ces déconcertantes capacités de prolifération et de transmission.
La syphilis, avec son cortège de pustules, de chancre, de hideur physique et morale, avait déjà frappé l’imaginaire populaire quand la licence et le laxisme n’avaient pas encore ouvertement droit de cité. Et que la religion maniait avec dextérité le spectre de la punition divine pour une concupiscence sans frein.   Brueghel, la peste 
JPEG - 109.3 ko   Albrecht Dürer, dans une de ses gravures réalisée en 1490, s’est emparé de cette imagerie tourmentée. Jérôme Bosch et Breughel – son tableau Triomphe de la mort apparaît comme une puissante allégorie aux allures de grandiose apocalypse – ont évoqué, certes, la joyeuse et paillarde ronde de l’aventure humaine mais sans omettre, telle une constante épée de Damoclès, la menace d’un mal inconnu.  Les jardins des délices sur cette terre, depuis l’Antiquité et la Renaissance, sont bien des utopies… Malgré toutes les sophistications des diverses civilisations, le symbole de la tour de Babel demeure une évidente métaphore de tout ce que l’être ne peut déchiffrer, y compris les maladies qui l’assaillent…Séville en 1649 sous le flot noir de la peste ; Londres sous les flammes en 1666, incendiée tel Rome pour en finir avec une peste qui colle aux murs de ses habitations vétustes et insalubres ; Marseille en 1720, ville portuaire sous l’impitoyable faux d’une peste importée du Levant...  Trois villes européennes (tout comme la communauté occidentale actuelle) dans l’œil des cyclones qui vont affoler et écarteler les populations. En sont restées des images terribles dont l’horreur, les débâcles et les affres sont rapportées par des peintres. Séville sous les griffes de la mort est représentée comme une vision dantesque par le coloriste baroque Pedro Atanasio Bocanegra, dans son Allégorie de la peste.  Londres ravagée par les langues orangées des flammes est-elle le fruit d’une négligence d’un boulanger au départ ou celle d’une volonté d’extinction forcée pour venir à bout de l’épidémie de peste ? Sans se prononcer, le pinceau de Lieve Verschuier cerne le fracas de ce brasier immense et tragique...  À Marseille, des scènes déchirantes témoignent des cours jonchées de cadavres et de la multitude de moribonds, sous le pinceau de Michel Serre qui a mis de côté son inspiration religieuse pour s’ériger spectateur d’un drame humain incommensurable dans son tableau Peste, Hôtel de ville.Au Moyen-Orient, Jérusalem, ville phare approchée par Pierre Loti, Lamartine et T.E. Lawrence, n’est pas épargnée.  Nicolas Poussin, maître du classicisme, membre de la cohorte de prestigieux hommes de lettres et dramaturges tels Boileau, Racine, Corneille et Molière, se penche aussi sur la peste. Sa toile La peste d’Asdod peinte en 1630-31 oscille entre atmosphère italianisante (car il séjournait en ce temps-là à Rome) et épidémie de la peste chez les Philistins. Un mélange de genre dont l’enjeu était de parler justement d’une peste qui frappait le nord de l’Italie.  L’Italie rongée aujourd’hui par le coronavirus, est-ce un perpétuel et ironique recommencement de l’histoire ou un malencontreux hasard ?La peste a aussi interpelé le peintre Antoine-Jean Gros, élève de Jacques-Louis David, qui ne s’est pas contenté des Enlèvements des Sabines mais a livré aussi, sur commande, une œuvre mystique en faveur des pestiférés de Marseille en 1720. Tout comme son maître (dont il devient l’égal sans le dépasser), Antoine-Jean Gros représente Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, un épisode marquant de la campagne d’Égypte de l’empereur.  Cette magnifique composition met en lumière le courage de Napoléon face aux ravages de la peste, défiant ainsi la putréfaction, la contagion et les plaies purulentes. Une toile qui glorifie le pouvoir à travers les maladies insidieuses qui terrassent le commun des mortels.  Les contemporains du petit Caporal (surnom de Bonaparte) et la postérité retiendront cette image de grandeur, d’humilité, de charité et compassion humaine. Une image que la peinture a répercutée en écho des victoires napoléoniennes…Ces chapelets de maladies ont exclu du bonheur bon nombre d’artistes. Les larmes versées et les montagnes de déveine ont rendu leur travail inoubliable et leurs œuvres exceptionnelles !   Fichier:"Agony" by Arshile Gorky.jpg
Arshile Gorky  Dans ce carrousel de génies maudits, sans que forcément les pandémies soient omniprésentes, on doit inclure parfois des maux plus secrets, ceux de l’esprit, de l’âme, de la raison, d’une certaine malchance. De Van Gogh à Arshile Gorky en passant par Nicolas de Staël, Jackson Pollock, Modigliani ou Frida Kahlo, la peinture a fait d’étonnantes révélations… Avec la féroce fureur des figurations libres, Keith Haring, peintre et graffeur, décédé à 31 ans du sida et porte-parole pictural d’un mouvement tirant à boulets rouges contre toute ségrégation sexuelle ou raciale, a construit son Once Upon a Time, une œuvre labyrinthique d’une décapante modernité, abrasive et iconoclaste. Pour parler à symboles ouverts de ce qui a contaminé son sang et écourté sa brève traversée humaine.Ce Covid 19 disparaitra et l'art restera , les artistes seront representer la terreur et le courage de l'humanité .
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