A Tchernobyl, la nature reprend ses droits

 

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale de Tchernobyl provoquait le plus gros accident nucléaire de l’histoire. Trente-six ans après, la nature a réinvesti le site. Lorsque l’accident nucléaire s’est produit, la radioactivité s’est disséminée dans toute l’Europe et en particulier dans la zone dite d’exclusion, un rayon de trente kilomètres autour de la centrale.

Les différents types de rayonnement émis ont été absorbés par l’environnement et ont provoqué des modifications que les scientifiques essayent encore de bien comprendre. Si plusieurs méthodes sont utilisées, elles utilisent toutes le même principe de base, celui de recueil et de l’analyse des données de terrain, notamment le comptage des populations et le repérage des traces dans la neige pour estimer le nombre d’individus.

Ces observations de terrains, additionnées aux connaissances en radiobiologie, permettent aux scientifiques de recréer l‘évolution des populations à Tchernobyl et de déduire les réelles conséquences de l’accident sur la biodiversité. La radioactivité induit des modifications génétiques différentes selon les individus et les espèces. De même, la radioactivité peut prendre plusieurs formes, comme celle d’atomes dans un état instable qui vont diminuer graduellement selon leur durée de vie ou celle de rayonnements gamma provenant de réactions nucléaires.

D’autres rayonnements émis lors de ces réactions, les particules alpha et bêta, ne peuvent parcourir que des distances limitées, inférieures au centimètre. Pour comprendre comment ces rayonnements sont disséminés et absorbés, un rapport de l’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français, schématise la contamination de l’environnement et précise que les rayonnements se faufilent partout, dans l’eau, les plantes, les animaux et sont ensuite stockés principalement dans les sols.

Pour les végétaux par exemple, la radioactivité a surtout été absorbée par les feuilles au moment de l’accident puis elle s’est ensuite transmise par les racines lorsqu’il n’y a plus eu de radioactivité dans l’air. La radioactivité va ensuite diminuer au rythme de la croissance des plantes et en fonction de la durée de désintégration de chaque élément, soit assez rapidement pour l’iode 131, soit en prenant beaucoup plus de temps pour le césium 137 notamment.

Certains chercheurs se sont plus particulièrement intéressés au pin japonais, une espèce très radiosensible, présent sur le site de Fukushima et aussi près de la centrale de Tchernobyl. Sur ce site, les scientifiques ont relevé une disparition de 90% des arbres dans un rayon de dix kilomètres autour de la centrale, dans ce qui est appelé la forêt rouge. Les pins disparus ont progressivement été remplacés par des bouleaux et des arbustes et les pins japonais restant ont subi des modifications génétiques.

Leur morphologie est passée d’un tronc principal avec des branches qui s’étendent de part et d’autre à une forme plus proche du buisson avec, comme l’indique le rapport de l’IRSN, la disparition du bourgeon sommital remplacé par des bourgeons latéraux. Les végétaux n’ont pas été les seuls impactés car peu après l’accident une étude évalue à 60% la disparition du nombre des grands mammifères sur la zone.

Aujourd’hui un grand nombre d’individus peuple à nouveau la zone d’exclusion et sont issus des générations ayant vécues la catastrophe. Pour ces espèces, les études mettent en évidence une diversité génétique bien plus importante que celle relevée habituellement chez des individus identiques en raison des mutations causées par la radioactivité ambiante.

Chez de nombreuses espèces d’oiseaux par exemple, les scientifiques ont constaté une baisse de la population en raison d’une baisse de la fertilité, phénomène caractéristique d’un effet des radiations sur le vivant.

Les scientifiques ont ainsi mesuré un taux de fécondité de 25% dans la zone contaminée, ils ont aussi observé des taux d’anomalie morphologiques importants chez les hirondelles notamment avec des malformations du bec, des tumeurs, de l’albinisme partiel, et présent chez toutes les espèces d’oiseaux, une diminution de la taille du cerveau, de 5% en moyenne par rapport aux groupes témoins issus d’une zone non contaminée.

Au-delà des études sur les espèces faunistiques et floristiques, une prise en compte des interactions entre les espèces va permettre de mieux analyser l’écosystème et de mesurer les effets indirects de la contamination. Par exemple, à partir de l’observation d’une diminution du nombre d’arbres fruitiers sur le secteur, les scientifiques peuvent calculer la diminution du nombre d’oiseaux et d’insectes pollinisateurs, les arbres fruitiers dépendant de ces deux espèces pour la dispersion des pollens et des graines.

Si trente-six après la catastrophe, la plupart des espèces sont revenues dans la zone contaminée, la radioactivité subsiste car certains éléments comme le césium 137 se désintègrent plus lentement et sont stockés dans le sol et il reste encore présent à au moins 50%, la période de demi-vie du césium 137 étant d’environ trente ans.

https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/environnement-tchernobyl-36-ans-apres-nature-y-repris-droits-98146/

 

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A Tchernobyl, la nature reprend ses droits

 

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale de Tchernobyl provoquait le plus gros accident nucléaire de l’histoire. Trente-six ans après, la nature a réinvesti le site. Lorsque l’accident nucléaire s’est produit, la radioactivité s’est disséminée dans toute l’Europe et en particulier dans la zone dite d’exclusion, un rayon de trente kilomètres autour de la centrale.

Les différents types de rayonnement émis ont été absorbés par l’environnement et ont provoqué des modifications que les scientifiques essayent encore de bien comprendre. Si plusieurs méthodes sont utilisées, elles utilisent toutes le même principe de base, celui de recueil et de l’analyse des données de terrain, notamment le comptage des populations et le repérage des traces dans la neige pour estimer le nombre d’individus.

Ces observations de terrains, additionnées aux connaissances en radiobiologie, permettent aux scientifiques de recréer l‘évolution des populations à Tchernobyl et de déduire les réelles conséquences de l’accident sur la biodiversité. La radioactivité induit des modifications génétiques différentes selon les individus et les espèces. De même, la radioactivité peut prendre plusieurs formes, comme celle d’atomes dans un état instable qui vont diminuer graduellement selon leur durée de vie ou celle de rayonnements gamma provenant de réactions nucléaires.

D’autres rayonnements émis lors de ces réactions, les particules alpha et bêta, ne peuvent parcourir que des distances limitées, inférieures au centimètre. Pour comprendre comment ces rayonnements sont disséminés et absorbés, un rapport de l’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français, schématise la contamination de l’environnement et précise que les rayonnements se faufilent partout, dans l’eau, les plantes, les animaux et sont ensuite stockés principalement dans les sols.

Pour les végétaux par exemple, la radioactivité a surtout été absorbée par les feuilles au moment de l’accident puis elle s’est ensuite transmise par les racines lorsqu’il n’y a plus eu de radioactivité dans l’air. La radioactivité va ensuite diminuer au rythme de la croissance des plantes et en fonction de la durée de désintégration de chaque élément, soit assez rapidement pour l’iode 131, soit en prenant beaucoup plus de temps pour le césium 137 notamment.

Certains chercheurs se sont plus particulièrement intéressés au pin japonais, une espèce très radiosensible, présent sur le site de Fukushima et aussi près de la centrale de Tchernobyl. Sur ce site, les scientifiques ont relevé une disparition de 90% des arbres dans un rayon de dix kilomètres autour de la centrale, dans ce qui est appelé la forêt rouge. Les pins disparus ont progressivement été remplacés par des bouleaux et des arbustes et les pins japonais restant ont subi des modifications génétiques.

Leur morphologie est passée d’un tronc principal avec des branches qui s’étendent de part et d’autre à une forme plus proche du buisson avec, comme l’indique le rapport de l’IRSN, la disparition du bourgeon sommital remplacé par des bourgeons latéraux. Les végétaux n’ont pas été les seuls impactés car peu après l’accident une étude évalue à 60% la disparition du nombre des grands mammifères sur la zone.

Aujourd’hui un grand nombre d’individus peuple à nouveau la zone d’exclusion et sont issus des générations ayant vécues la catastrophe. Pour ces espèces, les études mettent en évidence une diversité génétique bien plus importante que celle relevée habituellement chez des individus identiques en raison des mutations causées par la radioactivité ambiante.

Chez de nombreuses espèces d’oiseaux par exemple, les scientifiques ont constaté une baisse de la population en raison d’une baisse de la fertilité, phénomène caractéristique d’un effet des radiations sur le vivant.

Les scientifiques ont ainsi mesuré un taux de fécondité de 25% dans la zone contaminée, ils ont aussi observé des taux d’anomalie morphologiques importants chez les hirondelles notamment avec des malformations du bec, des tumeurs, de l’albinisme partiel, et présent chez toutes les espèces d’oiseaux, une diminution de la taille du cerveau, de 5% en moyenne par rapport aux groupes témoins issus d’une zone non contaminée.

Au-delà des études sur les espèces faunistiques et floristiques, une prise en compte des interactions entre les espèces va permettre de mieux analyser l’écosystème et de mesurer les effets indirects de la contamination. Par exemple, à partir de l’observation d’une diminution du nombre d’arbres fruitiers sur le secteur, les scientifiques peuvent calculer la diminution du nombre d’oiseaux et d’insectes pollinisateurs, les arbres fruitiers dépendant de ces deux espèces pour la dispersion des pollens et des graines.

Si trente-six après la catastrophe, la plupart des espèces sont revenues dans la zone contaminée, la radioactivité subsiste car certains éléments comme le césium 137 se désintègrent plus lentement et sont stockés dans le sol et il reste encore présent à au moins 50%, la période de demi-vie du césium 137 étant d’environ trente ans.

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