Marcel Pagnol arrive à L’Académie française (1955).
GETTY IMAGES / KEYSTONE/HULTON ARCHIVE/GETTY IMAGES

 

 

 

 

Marcel Pagnol est l’un des auteurs français contemporains le plus connu mondialement grâce à ces pièces de théâtre, romans et adaptations cinématographiques. L’acteur français Fernandel qui a tourné dans de nombreux films de l’écrivain décrivait ses textes comme « tellement beaux que l’on oublie tout ce qui se passe à côté ». Marcel Pagnol a effectué sa scolarité dans l’un des lycées les plus renommés de Marseille, le lycée Thiers, en compagnie d’un autre futur grand écrivain, Albert Cohen.

Dans ses souvenirs, Albert Cohen se rappelle d’un élève qui aimait se faire remarquer et le soupçonnait notamment de déchirer lui-même sa blouse d’écolier pour avoir l’air pittoresque et mimer des dribbles avec un ballon imaginaire en entrant en classe. C’est dans ce lycée qu’il tourne l’un de ses premiers films, Merlusse, nom qui est donné au lycée Thiers dans le film, décrit comme le pire lycée de Marseille et qui sent la morue.

A 18 ans, il convainc ses amis de lycée de se lancer dans la création d’une revue littéraire, intitulée Fortunio pour assouvir sa passion pour la poésie et le théâtre mais une fois son baccalauréat obtenu, il est obligé de suivre les études destinées à devenir professeur comme son père.

Cette revue lui permet de commencer à faire connaître ses talents de rédacteur mais très vite, Fortunio, dont le nom est trop facilement associé à l’esprit jeunes gens, est rebaptisé les Cahiers de Sud qui dureront pendant cinquante ans. A 19 ans, il commence à entretenir une liaison secrète avec une pianiste, Simone Collin, 18 ans car son père n’accepte pas cette relation et surveille la correspondance de Marcel Pagnol.

Lorsqu’il découvre la relation entre les deux jeunes gens, le père de Marcel Pagnol imagine le pire, carrière brisée, arrestation par les gendarmes et présentation devant un tribunal pour détournement de mineure. Le 21 février 1916, Marcel Pagnol fête ses 21 ans, sa majorité et épouse Simone Collin sans l’accord de son père. Marcel Pagnol, qui avait aussi des talents d’inventeur, envisageait cette orientation s’il n’était pas parvenu à devenir un auteur.

Il déposera des dizaines de brevets comme celui d’un frein pour voiture dont se souvient Raymond Castans, biographe de l’écrivain, qui décrit cette invention comme un frein composé d’un énorme pied qui apparaissait sous la voiture en appuyant sur un bouton du tableau de bord et qui faisait se soulever le véhicule en l’air, si bien que les roues continuaient à tourner dans le vide mais la voiture était arrêtée. Sur le plan cinématographique, Marcel Pagnol avait une grande admiration pour l’acteur Raimu qui tournera dans de nombreux films qu’il réalise, et incarnera César, le père de Marius, dans la trilogie Marius, Fanny, César.

 


Marcel Pagnol est très reconnaissant envers Raimu car c’est grâce à cet acteur qu’il estime avoir atteint une certaine notoriété, il révèle même avoir écrit sur un des murs de la loge de Raimu dans un théâtre, « Monsieur Raimu est un génie ». Lors des funérailles de l’acteur, Marcel Pagnol retrouve dans le bureau de Raimu le morceau de tapisserie sur lequel il avait écrit cette phrase et que Raimu avait conservé sans en avoir informé l’écrivain.

Bien qu’il soit un auteur reconnu, Marcel Pagnol a souvent fait l’objet de mauvaises critiques, surtout lors de ses débuts dans le cinéma parlant. Il se rappelle notamment un article paru dans le journal d’Artagnan dont il connaît le début par cœur et qui commence par « de viande miteuse et de basse mine, ce combinard chafouin n’a jamais intéressé personne que les courtiers en publicité. On dirait un tamanoir anémique que les fourmis rouges ont sucé jusqu’à l’os ».

Marcel Pagnol rencontre aussi parfois des difficultés en tant que réalisateur, comme lors du film César, car Raimu est devenu une grande star et multiplie les caprices pendant le tournage. Raymond Castans raconte que Raimu se vantait que l’écrivain ne pouvait pas tourner le film sans lui et il souhaitait profiter de sa notoriété pour réclamer un salaire très généreux.

Un autre acteur, Fernandel, avait du mal à suivre les méthodes de Marcel Pagnol et a connu des situations déroutantes et pénibles lors de certains tournages, notamment la manière de fonctionner de la troupe, les repas interminables avec l’équipe du tournage ou l’improvisation dans les journées de travail à rallonge sans horaires précis.

Fernandel précise par exemple qu’il a parfois uniquement passé des journées à manger, discuter et jouer aux boules avec les membres de l’équipe du tournage. Pendant la deuxième guerre mondiale, les allemands contrôlent le cinéma français et obligent notamment Marcel Pagnol à céder le film La prière aux étoiles mais l’écrivain refuse et préfère détruire son film à coups de hache plutôt que le voir distribuer par l’occupant. Il fait certifier la destruction du film devant l’huissier et espère le terminer une fois la guerre finie. Il s’agissait d’une trilogie dont seule la première partie avait été terminée mais Marcel Pagnol n’a jamais donné suite.

https://www.facebook.com/1839998372756212/posts/4110684509020909/?vh=e

C’est en 1930, que Marcel Pagnol assiste à son premier film parlant à Londres, perçoit tout le potentiel de cette nouvelle technique et imagine déjà l’adaptation cinématographique de la pièce de théâtre Marius. De retour en France, l’adaptation de Marius est assurée par les studios Paramount qui adaptent ensuite la pièce Topaze mais refusent d’adapter la suite de Marius, Fanny, car une suite est jugée à priori pas assez rentable. Marcel Pagnol décide alors de créer sa propre structure de production qu’il intitule les Films Marcel Pagnol pour tourner Fanny mais n’assure pas encore la réalisation du film.

«Pour réaliser son dernier film Les Lettres de mon moulin, Pagnol s'est transporté, avec ses acteurs et ses techniciens, sur les lieux mêmes où Alphonse Daudet a situé l'action de ses contes. Le seul édifice qui ne sera pas authentique est le moulin de maître Cornille. Pagnol l'a reconstruit près de Marseille : le bruit du mistral rendait la prise de son impossible à Fontvieille où se trouve le vrai moulin.» - Paris Match n°292, 30 octobre 1954.

Dès 1933, tout l’écosystème de la production, de la réalisation et de la distribution d’un film est sous la responsabilité de l’écrivain, mis à part les studios. Pour s’affranchir des studios parisiens, il va créer des studios à Marseille en deux temps. En 1935, Marcel Pagnol ajoute un plateau aux laboratoires qu’il a créé dans le 8ème arrondissement de Marseille où seront tournés les intérieurs de César notamment.

En 1937, il achète d’immenses hangars, toujours dans le 8ème arrondissement et y installe notamment deux plateaux de tournage, un atelier de construction de décors, des loges, une salle de maquillage, un magasin d’accessoires, un local pour les figurants, une cantine, des locaux administratifs et tout l’équipement technique nécessaire au tournage de films.

Les studios sont loués pour d’autres productions lorsque Marcel Pagnol ne tourne pas ses films. La seconde guerre mondiale stoppe cette dynamique et l’ambition de créer une sorte d’Hollywood dans le Sud de la France ne se concrétisera jamais. Le tournage en studios passant de mode, les studios de Marcel Pagnol seront ensuite de moins en moins utilisés, jusqu’à leur destruction par un incendie en 1962.  

https://fresques.ina.fr/sudorama/fiche-media/00000000387/pagnol-en-ses-studios.html

 

 

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Marcel Pagnol est l’un des auteurs français contemporains le plus connu mondialement grâce à ces pièces de théâtre, romans et adaptations cinématographiques. L’acteur français Fernandel qui a tourné dans de nombreux films de l’écrivain décrivait ses textes comme « tellement beaux que l’on oublie tout ce qui se passe à côté ». Marcel Pagnol a effectué sa scolarité dans l’un des lycées les plus renommés de Marseille, le lycée Thiers, en compagnie d’un autre futur grand écrivain, Albert Cohen.

Dans ses souvenirs, Albert Cohen se rappelle d’un élève qui aimait se faire remarquer et le soupçonnait notamment de déchirer lui-même sa blouse d’écolier pour avoir l’air pittoresque et mimer des dribbles avec un ballon imaginaire en entrant en classe. C’est dans ce lycée qu’il tourne l’un de ses premiers films, Merlusse, nom qui est donné au lycée Thiers dans le film, décrit comme le pire lycée de Marseille et qui sent la morue.

A 18 ans, il convainc ses amis de lycée de se lancer dans la création d’une revue littéraire, intitulée Fortunio pour assouvir sa passion pour la poésie et le théâtre mais une fois son baccalauréat obtenu, il est obligé de suivre les études destinées à devenir professeur comme son père.

Cette revue lui permet de commencer à faire connaître ses talents de rédacteur mais très vite, Fortunio, dont le nom est trop facilement associé à l’esprit jeunes gens, est rebaptisé les Cahiers de Sud qui dureront pendant cinquante ans. A 19 ans, il commence à entretenir une liaison secrète avec une pianiste, Simone Collin, 18 ans car son père n’accepte pas cette relation et surveille la correspondance de Marcel Pagnol.

Lorsqu’il découvre la relation entre les deux jeunes gens, le père de Marcel Pagnol imagine le pire, carrière brisée, arrestation par les gendarmes et présentation devant un tribunal pour détournement de mineure. Le 21 février 1916, Marcel Pagnol fête ses 21 ans, sa majorité et épouse Simone Collin sans l’accord de son père. Marcel Pagnol, qui avait aussi des talents d’inventeur, envisageait cette orientation s’il n’était pas parvenu à devenir un auteur.

Il déposera des dizaines de brevets comme celui d’un frein pour voiture dont se souvient Raymond Castans, biographe de l’écrivain, qui décrit cette invention comme un frein composé d’un énorme pied qui apparaissait sous la voiture en appuyant sur un bouton du tableau de bord et qui faisait se soulever le véhicule en l’air, si bien que les roues continuaient à tourner dans le vide mais la voiture était arrêtée. Sur le plan cinématographique, Marcel Pagnol avait une grande admiration pour l’acteur Raimu qui tournera dans de nombreux films qu’il réalise, et incarnera César, le père de Marius, dans la trilogie Marius, Fanny, César.

 


Marcel Pagnol est très reconnaissant envers Raimu car c’est grâce à cet acteur qu’il estime avoir atteint une certaine notoriété, il révèle même avoir écrit sur un des murs de la loge de Raimu dans un théâtre, « Monsieur Raimu est un génie ». Lors des funérailles de l’acteur, Marcel Pagnol retrouve dans le bureau de Raimu le morceau de tapisserie sur lequel il avait écrit cette phrase et que Raimu avait conservé sans en avoir informé l’écrivain.

Bien qu’il soit un auteur reconnu, Marcel Pagnol a souvent fait l’objet de mauvaises critiques, surtout lors de ses débuts dans le cinéma parlant. Il se rappelle notamment un article paru dans le journal d’Artagnan dont il connaît le début par cœur et qui commence par « de viande miteuse et de basse mine, ce combinard chafouin n’a jamais intéressé personne que les courtiers en publicité. On dirait un tamanoir anémique que les fourmis rouges ont sucé jusqu’à l’os ».

Marcel Pagnol rencontre aussi parfois des difficultés en tant que réalisateur, comme lors du film César, car Raimu est devenu une grande star et multiplie les caprices pendant le tournage. Raymond Castans raconte que Raimu se vantait que l’écrivain ne pouvait pas tourner le film sans lui et il souhaitait profiter de sa notoriété pour réclamer un salaire très généreux.

Un autre acteur, Fernandel, avait du mal à suivre les méthodes de Marcel Pagnol et a connu des situations déroutantes et pénibles lors de certains tournages, notamment la manière de fonctionner de la troupe, les repas interminables avec l’équipe du tournage ou l’improvisation dans les journées de travail à rallonge sans horaires précis.

Fernandel précise par exemple qu’il a parfois uniquement passé des journées à manger, discuter et jouer aux boules avec les membres de l’équipe du tournage. Pendant la deuxième guerre mondiale, les allemands contrôlent le cinéma français et obligent notamment Marcel Pagnol à céder le film La prière aux étoiles mais l’écrivain refuse et préfère détruire son film à coups de hache plutôt que le voir distribuer par l’occupant. Il fait certifier la destruction du film devant l'huissier et espère le terminer une fois la guerre finie. Il s’agissait d’une trilogie dont seule la première partie avait été terminée mais Marcel Pagnol n’a jamais donné suite.

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C’est en 1930, que Marcel Pagnol assiste à son premier film parlant à Londres, perçoit tout le potentiel de cette nouvelle technique et imagine déjà l’adaptation cinématographique de la pièce de théâtre Marius. De retour en France, l’adaptation de Marius est assurée par les studios Paramount qui adaptent ensuite la pièce Topaze mais refusent d’adapter la suite de Marius, Fanny, car une suite est jugée à priori pas assez rentable. Marcel Pagnol décide alors de créer sa propre structure de production qu’il intitule les Films Marcel Pagnol pour tourner Fanny mais n’assure pas encore la réalisation du film.

«Pour réaliser son dernier film Les Lettres de mon moulin, Pagnol s'est transporté, avec ses acteurs et ses techniciens, sur les lieux mêmes où Alphonse Daudet a situé l'action de ses contes. Le seul édifice qui ne sera pas authentique est le moulin de maître Cornille. Pagnol l'a reconstruit près de Marseille : le bruit du mistral rendait la prise de son impossible à Fontvieille où se trouve le vrai moulin.» - Paris Match n°292, 30 octobre 1954.

Dès 1933, tout l’écosystème de la production, de la réalisation et de la distribution d’un film est sous la responsabilité de l’écrivain, mis à part les studios. Pour s’affranchir des studios parisiens, il va créer des studios à Marseille en deux temps. En 1935, Marcel Pagnol ajoute un plateau aux laboratoires qu’il a créé dans le 8ème arrondissement de Marseille où seront tournés les intérieurs de César notamment.

En 1937, il achète d’immenses hangars, toujours dans le 8ème arrondissement et y installe notamment deux plateaux de tournage, un atelier de construction de décors, des loges, une salle de maquillage, un magasin d’accessoires, un local pour les figurants, une cantine, des locaux administratifs et tout l’équipement technique nécessaire au tournage de films.

Les studios sont loués pour d’autres productions lorsque Marcel Pagnol ne tourne pas ses films. La seconde guerre mondiale stoppe cette dynamique et l’ambition de créer une sorte d’Hollywood dans le Sud de la France ne se concrétisera jamais. Le tournage en studios passant de mode, les studios de Marcel Pagnol seront ensuite de moins en moins utilisés, jusqu’à leur destruction par un incendie en 1962.  

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