L’Europe est toujours à la recherche d’une solution énergétique

 

Les responsables politiques de l’UE se réunissent ce vendredi 21 octobre à Bruxelles pour tenter de surmonter leurs divisions et trouver enfin une réponse commune à la flambée de l’énergie qui commence à provoquer des troubles sociaux.

La guerre en Ukraine et les sanctions imposées à la Russie ont provoqué un choc sur les prix du pétrole, du gaz et de l’électricité. Mais, depuis février, l’Europe réagit avec lenteur, affaiblie par les intérêts divergents des pays membres. Il y a pourtant urgence.

Toutes les entreprises européennes craignent pour leur survie, menacée par la concurrence aux États-Unis ou en Asie où les tarifs sont restés plus sages. En Allemagne et en France, des manifestations ont réuni des milliers de personnes contre la vie chère. Plusieurs diplomates s’attendent à des discussions très longues entre les 27 chefs d’État et gouvernement.

La ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, a critiqué ouvertement le travail de la Commission européenne, dans un entretien. “Les propositions sont encore un peu timides: on manque toujours de mesures concrètes sur une grande majorité de sujets. Il y a eu certes un réel effort depuis un an (…) mais il est frustrant de voir à quel point la réaction de l’Europe face au défi auquel nous faisons face est lente et laborieuse”, a-t-elle dit.

Début octobre, à Prague, plusieurs dirigeants avaient rudoyé la présidente allemande de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen. Le chef du gouvernement polonais, Mateusz Morawiecki, l’avait notamment accusé de représenter les intérêts allemands. “Sept mois de retard nous valent une récession”, lui avait lancé l’Italien Mario Draghi, selon des propos rapportés.

Par contre, la présidente de la Commission est confrontée aux divisions des Vingt-Sept qui ont chacun leur propre mix énergétique, les uns s’appuyant sur le nucléaire, d’autres sur le gaz ou même le charbon pour produire leur électricité.

Les tensions existent particulièrement sur la question d’un plafonnement du prix du gaz utilisé pour produire de l’électricité. Un dispositif de ce type est déjà appliqué en Espagne et au Portugal, où il a permis de faire chuter les prix. Plusieurs pays dont la France demandent l’extension de ce mécanisme, dit “ibérique”, à l’échelle de l’UE.

Mais l’Allemagne s’y oppose, ainsi que plusieurs pays nordiques, dont le Danemark et les Pays-Bas, rétifs aux interventions étatiques sur les marchés. Berlin estime que faire baisser artificiellement le prix du gaz nuirait à l’objectif de sobriété énergétique, en incitant à consommer plus. Un projet de conclusions du sommet réclamait cependant à la Commission de préparer une proposition pour cet instrument.

“Le modèle ibérique mérite d’être étudié. Des questions restent en suspens, mais je ne veux négliger aucune piste”, a déclaré mercredi 19 octobre Mme von der Leyen. “Il est important d’aller un peu plus vite sur ce sujet. Nous ne devrions pas avoir à demander quatre fois la même chose à la Commission pour avoir une proposition”, a estimé Teresa Ribera.

Mme von der Leyen a détaillé cette semaine d’autres propositions : l’organisation d’achats de gaz en commun, de nouvelles règles pour tenter d’imposer le partage du gaz en Europe pour aider les pays les plus en difficulté ou encore une réforme de l’indice du marché gazier TTF (la “Bourse du gaz” européenne), utilisé comme référence dans les transactions des opérateurs.

“Il y a eu beaucoup de progrès, mais pas de percée fondamentale”, reconnait un diplomate européen. “Les priorités diffèrent : l’Allemagne privilégie la sécurité d’approvisionnement car elle peut se permettre des prix élevés, mais beaucoup de pays ne peuvent pas faire face à ces coûts”, a-t-il ajouté.

Comme d’habitude, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a un ton volontiers provocateur et il a affiché son scepticisme mercredi soir 19 octobre. “Le dernier plan de Bruxelles sur l’achat commun de gaz me rappelle la fois où nous avons acheté des vaccins ensemble. Lent et coûteux. Je m’attends à un grand débat” durant le sommet, a-t-il tweeté.

Share on
Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

unnamed - 2022-10-21T113518.417

L’Europe est toujours à la recherche d’une solution énergétique

  Les responsables politiques de l'UE se réunissent ce vendredi 21 octobre à Bruxelles pour tenter de surmonter leurs divisions et trouver enfin une réponse commune à la flambée de l'énergie qui commence à provoquer des troubles sociaux. La guerre en Ukraine et les sanctions imposées à la Russie ont provoqué un choc sur les prix du pétrole, du gaz et de l'électricité. Mais, depuis février, l'Europe réagit avec lenteur, affaiblie par les intérêts divergents des pays membres. Il y a pourtant urgence. Toutes les entreprises européennes craignent pour leur survie, menacée par la concurrence aux États-Unis ou en Asie où les tarifs sont restés plus sages. En Allemagne et en France, des manifestations ont réuni des milliers de personnes contre la vie chère. Plusieurs diplomates s'attendent à des discussions très longues entre les 27 chefs d'État et gouvernement. La ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, a critiqué ouvertement le travail de la Commission européenne, dans un entretien. "Les propositions sont encore un peu timides: on manque toujours de mesures concrètes sur une grande majorité de sujets. Il y a eu certes un réel effort depuis un an (...) mais il est frustrant de voir à quel point la réaction de l'Europe face au défi auquel nous faisons face est lente et laborieuse", a-t-elle dit. Début octobre, à Prague, plusieurs dirigeants avaient rudoyé la présidente allemande de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen. Le chef du gouvernement polonais, Mateusz Morawiecki, l'avait notamment accusé de représenter les intérêts allemands. "Sept mois de retard nous valent une récession", lui avait lancé l'Italien Mario Draghi, selon des propos rapportés. Par contre, la présidente de la Commission est confrontée aux divisions des Vingt-Sept qui ont chacun leur propre mix énergétique, les uns s'appuyant sur le nucléaire, d'autres sur le gaz ou même le charbon pour produire leur électricité. Les tensions existent particulièrement sur la question d'un plafonnement du prix du gaz utilisé pour produire de l'électricité. Un dispositif de ce type est déjà appliqué en Espagne et au Portugal, où il a permis de faire chuter les prix. Plusieurs pays dont la France demandent l'extension de ce mécanisme, dit "ibérique", à l'échelle de l'UE. Mais l'Allemagne s'y oppose, ainsi que plusieurs pays nordiques, dont le Danemark et les Pays-Bas, rétifs aux interventions étatiques sur les marchés. Berlin estime que faire baisser artificiellement le prix du gaz nuirait à l'objectif de sobriété énergétique, en incitant à consommer plus. Un projet de conclusions du sommet réclamait cependant à la Commission de préparer une proposition pour cet instrument. "Le modèle ibérique mérite d'être étudié. Des questions restent en suspens, mais je ne veux négliger aucune piste", a déclaré mercredi 19 octobre Mme von der Leyen. "Il est important d'aller un peu plus vite sur ce sujet. Nous ne devrions pas avoir à demander quatre fois la même chose à la Commission pour avoir une proposition", a estimé Teresa Ribera. Mme von der Leyen a détaillé cette semaine d'autres propositions : l'organisation d'achats de gaz en commun, de nouvelles règles pour tenter d'imposer le partage du gaz en Europe pour aider les pays les plus en difficulté ou encore une réforme de l'indice du marché gazier TTF (la "Bourse du gaz" européenne), utilisé comme référence dans les transactions des opérateurs. "Il y a eu beaucoup de progrès, mais pas de percée fondamentale", reconnait un diplomate européen. "Les priorités diffèrent : l'Allemagne privilégie la sécurité d'approvisionnement car elle peut se permettre des prix élevés, mais beaucoup de pays ne peuvent pas faire face à ces coûts", a-t-il ajouté. Comme d'habitude, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a un ton volontiers provocateur et il a affiché son scepticisme mercredi soir 19 octobre. "Le dernier plan de Bruxelles sur l'achat commun de gaz me rappelle la fois où nous avons acheté des vaccins ensemble. Lent et coûteux. Je m'attends à un grand débat" durant le sommet, a-t-il tweeté.
Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

[mailpoet_form id="1"]