La question de la mesure du QI

La définition de d’intelligence n’est pas unique, car elle recouvre plusieurs aspects et concerne par exemple la capacité à comprendre, la capacité à s’adapter et à surmonter des difficultés, la capacité à organiser des éléments en actes ou en pensées.

Les définitions de deux psychologues, l’un européen et l’autre Américain, reflètent la complexité du périmètre recouvert par la notion d’intelligence, celle de Jean Piaget, psychologue suisse spécialiste de la psychologie du développement, pour qui l’intelligence n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on fait quand on ne sait pas, et celle de David Wechsler, psychologue américain qui est à l’origine des tests les plus utilisés de nos jours, pour qui l’intelligence est la disposition globale et complexe de l’individu d’agir dans un but déterminé de penser de manière rationnelle et d’avoir des rapports utiles avec son milieu.

L’intérêt pour la mesure de l’intelligence commence au XIXᵉ siècle, à la fois dans une optique scientifique pour hiérarchiser les individus et dans une optique sociale pour déterminer si un enfant présente un retard scolaire et l’importance de ce retard.

Le milieu professionnel et le milieu médical vont aussi commencer à faire passer des tests de QI, dans le cadre de recrutements ou pour évaluer les troubles liés aux maladies neurodégénératives.

Il n’existe pas un test de QI, mais des tests en fonction du public, adulte ou enfant, et de la tranche d’âge, tels que le test WPPSI-R pour les 3 à 7 ans, le WISC pour les 6-16 ans ou le WAIS à partir de 16 ans ou le CFIT. La nature des tests va varier en fonction de différents paramètres.

Il peut s’agir du type de questions posées, certains tests pouvant être visuels comme le CFIT, du nombre d’épreuves proposées, chaque épreuve pouvant évaluer différents aspects de l’intelligence, ou de l’objectif du test, comme le test Kaufman-ABC pour les enfants qui va se concentrer surtout sur la démarche et le processus suivi pour répondre aux problèmes posés.

Dans de nombreux tests, le temps de réponse peut être aussi important que la réponse elle-même et si les résultats des différents tests ne sont pas toujours comparables, il est généralement observé qu’une personne ayant un résultat élevé à un test aura un profil identique pour les autres tests.

Iq levels knob button increasing intelligence quotient level wireframe hand setting iq button on highest position intelligence testing concept vector illustration

Cependant, certaines observations ont amené à une remise en cause de la fiabilité des tests de QI. Il s’agit par exemple de l’effet Flynn qui se caractérise par une augmentation des résultats aux tests de QI observée au fil les générations, qui, compte tenu des modes de vie et de l’environnement très différents, ne permet de retenir l’explication qu’une génération est plus intelligente que les précédentes. De plus, depuis les années 90, il est observé que cet effet tend à s’inverser.

La fiabilité des résultats des tests peut aussi être biaisée par le contexte et l’état émotionnel du candidat, comme par son état de préparation. Les tests doivent mesurer les capacités réelles d’un individu et une personne qui s’est entraînée au préalable aura de meilleurs résultats.

Une autre limite concerne le contexte culturel dans de lequel les tests sont effectués. Ils sont en général adaptés à une certaine culture, comme le test WAIS plutôt adapté à la culture européenne par exemple, et une personne n’appartenant à la culture du test aura certainement des résultats plus faibles.

La plupart des tests de QI se rattachent plutôt aux théories factorielles de l’intelligence qui estiment que l’intelligence peut être considérer comme une disposition unique. A l’opposé, les théories multifactorielles considèrent qu’il existe plusieurs formes d’intelligence. C’est le cas par exemple de la théorie du psychologue américain Howard Gardner pour qui il existe huit types d’intelligence ayant chacune une zone du cerveau dédié. Il s’agit de :

  • l’intelligence linguistique, utilisée pour s’exprimer, 

  • l’intelligence logico-mathématique, utilisée pour analyser et résoudre des problèmes

  • l’intelligence intra-personnelle, utilisée pour évaluer ses propres capacités et mieux se comprendre

  • l’intelligence interpersonnelle, utilisée pour interagir en société et avec les autres

  • l’intelligence visio-spatiale, utilisée pour représenter l’espace et créer des œuvres

  • l’intelligence kinesthésique, utilisée pour maîtriser les mouvements, prendre conscience de son propre corps

  • l’intelligence musicale, utilisée pour jouer d’un instrument, reconnaître un son

  • l’intelligence naturalise, utilisée pour comprendre la nature

 

Selon cette théorie, seules les intelligences linguistiques et logico-mathématiques sont prises en compte dans les tests de QI, mais à l’inverse les détracteurs de cette théorie estiment qu’elle ne définit pas l’intelligence, mais des capacités cognitives. 

Un autre psychologue, l’américain Robert Sternberg considère que l’intelligence est un concept qui a été inventé pour trouver une manière pratique d’évaluer, et éventuellement de classer, les personnes d’après leurs performances dans l’accomplissement de tâches ou dans des situations, qui sont valorisées par une culture. Selon la théorie triarchique qu’il développe, il prend en compte le fonctionnement interne de l’intelligence, les effets de l’expérience ou de l’inexpérience dans la réalisation de tâches faisant appel à l’intelligence, le contexte permettant de s’adapter et de choisir, pour définir trois types d’intelligence :

  • l’intelligence analytique qui repose sur le scolaire et peut-être évaluer par des tests de QI classiques

  • l’intelligence pratique qui est utilisée dans la vie de tous les jours

  • l’intelligence créative qui est utilisée pour s’adapter aux nouvelles situations

 

Selon cette théorie, l’intelligence est considérée comme un outil qui va permettre de s’adapter à son environnement et de compenser ses lacunes. 

Ainsi, l’intelligence ne se limiterait pas à celle qui est mesurée par des tests de QI, et elle serait dépendante de concepts de culture et d’adaptation à des situations. Les tests de QI, créés en considérant l’intelligence comme inhérente à un individu, mesurent une forme d’intelligence et constituent des outils de diagnostic, même si l’intelligence ne se limite pas au QI. Dès leur création, ils ont considéré le rôle prédominant de l’hérédité et la génétique, ont minimisé le rôle de l’environnement et n’ont pas tenu compte du paramètre culturel.

https://www.echosciences-grenoble.fr/articles/les-tests-de-qi-mesurent-ils-vraiment-l-intelligence

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La question de la mesure du QI

La définition de d’intelligence n’est pas unique, car elle recouvre plusieurs aspects et concerne par exemple la capacité à comprendre, la capacité à s’adapter et à surmonter des difficultés, la capacité à organiser des éléments en actes ou en pensées.

Les définitions de deux psychologues, l’un européen et l’autre Américain, reflètent la complexité du périmètre recouvert par la notion d’intelligence, celle de Jean Piaget, psychologue suisse spécialiste de la psychologie du développement, pour qui l’intelligence n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on fait quand on ne sait pas, et celle de David Wechsler, psychologue américain qui est à l’origine des tests les plus utilisés de nos jours, pour qui l’intelligence est la disposition globale et complexe de l’individu d’agir dans un but déterminé de penser de manière rationnelle et d’avoir des rapports utiles avec son milieu.

L’intérêt pour la mesure de l’intelligence commence au XIXᵉ siècle, à la fois dans une optique scientifique pour hiérarchiser les individus et dans une optique sociale pour déterminer si un enfant présente un retard scolaire et l’importance de ce retard.

Le milieu professionnel et le milieu médical vont aussi commencer à faire passer des tests de QI, dans le cadre de recrutements ou pour évaluer les troubles liés aux maladies neurodégénératives.

Il n’existe pas un test de QI, mais des tests en fonction du public, adulte ou enfant, et de la tranche d’âge, tels que le test WPPSI-R pour les 3 à 7 ans, le WISC pour les 6-16 ans ou le WAIS à partir de 16 ans ou le CFIT. La nature des tests va varier en fonction de différents paramètres.

Il peut s’agir du type de questions posées, certains tests pouvant être visuels comme le CFIT, du nombre d’épreuves proposées, chaque épreuve pouvant évaluer différents aspects de l’intelligence, ou de l’objectif du test, comme le test Kaufman-ABC pour les enfants qui va se concentrer surtout sur la démarche et le processus suivi pour répondre aux problèmes posés.

Dans de nombreux tests, le temps de réponse peut être aussi important que la réponse elle-même et si les résultats des différents tests ne sont pas toujours comparables, il est généralement observé qu’une personne ayant un résultat élevé à un test aura un profil identique pour les autres tests.

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Cependant, certaines observations ont amené à une remise en cause de la fiabilité des tests de QI. Il s’agit par exemple de l’effet Flynn qui se caractérise par une augmentation des résultats aux tests de QI observée au fil les générations, qui, compte tenu des modes de vie et de l’environnement très différents, ne permet de retenir l’explication qu’une génération est plus intelligente que les précédentes. De plus, depuis les années 90, il est observé que cet effet tend à s’inverser.

La fiabilité des résultats des tests peut aussi être biaisée par le contexte et l’état émotionnel du candidat, comme par son état de préparation. Les tests doivent mesurer les capacités réelles d’un individu et une personne qui s’est entraînée au préalable aura de meilleurs résultats.

Une autre limite concerne le contexte culturel dans de lequel les tests sont effectués. Ils sont en général adaptés à une certaine culture, comme le test WAIS plutôt adapté à la culture européenne par exemple, et une personne n’appartenant à la culture du test aura certainement des résultats plus faibles.

La plupart des tests de QI se rattachent plutôt aux théories factorielles de l’intelligence qui estiment que l’intelligence peut être considérer comme une disposition unique. A l’opposé, les théories multifactorielles considèrent qu’il existe plusieurs formes d’intelligence. C’est le cas par exemple de la théorie du psychologue américain Howard Gardner pour qui il existe huit types d’intelligence ayant chacune une zone du cerveau dédié. Il s’agit de :

  • l’intelligence linguistique, utilisée pour s’exprimer, 

  • l’intelligence logico-mathématique, utilisée pour analyser et résoudre des problèmes

  • l’intelligence intra-personnelle, utilisée pour évaluer ses propres capacités et mieux se comprendre

  • l’intelligence interpersonnelle, utilisée pour interagir en société et avec les autres

  • l’intelligence visio-spatiale, utilisée pour représenter l’espace et créer des œuvres

  • l’intelligence kinesthésique, utilisée pour maîtriser les mouvements, prendre conscience de son propre corps

  • l’intelligence musicale, utilisée pour jouer d’un instrument, reconnaître un son

  • l’intelligence naturalise, utilisée pour comprendre la nature

 

Selon cette théorie, seules les intelligences linguistiques et logico-mathématiques sont prises en compte dans les tests de QI, mais à l’inverse les détracteurs de cette théorie estiment qu’elle ne définit pas l’intelligence, mais des capacités cognitives. 

Un autre psychologue, l’américain Robert Sternberg considère que l’intelligence est un concept qui a été inventé pour trouver une manière pratique d'évaluer, et éventuellement de classer, les personnes d'après leurs performances dans l'accomplissement de tâches ou dans des situations, qui sont valorisées par une culture. Selon la théorie triarchique qu’il développe, il prend en compte le fonctionnement interne de l’intelligence, les effets de l’expérience ou de l’inexpérience dans la réalisation de tâches faisant appel à l’intelligence, le contexte permettant de s’adapter et de choisir, pour définir trois types d’intelligence :

  • l’intelligence analytique qui repose sur le scolaire et peut-être évaluer par des tests de QI classiques

  • l’intelligence pratique qui est utilisée dans la vie de tous les jours

  • l’intelligence créative qui est utilisée pour s’adapter aux nouvelles situations

 

Selon cette théorie, l’intelligence est considérée comme un outil qui va permettre de s’adapter à son environnement et de compenser ses lacunes. 

Ainsi, l’intelligence ne se limiterait pas à celle qui est mesurée par des tests de QI, et elle serait dépendante de concepts de culture et d’adaptation à des situations. Les tests de QI, créés en considérant l’intelligence comme inhérente à un individu, mesurent une forme d’intelligence et constituent des outils de diagnostic, même si l’intelligence ne se limite pas au QI. Dès leur création, ils ont considéré le rôle prédominant de l’hérédité et la génétique, ont minimisé le rôle de l’environnement et n’ont pas tenu compte du paramètre culturel.

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