La fabuleuse histoire de la Ruche, cité d’artistes en plein Paris

 

La Ruche a ouvert ses portes aux Chagall, Soutine, Zadkine et nombre d’artistes juifs fuyant les pogroms au tournant du XXe siècle et continue d’abriter leur “descendance” internationale. C’est la Ruche, cité d’artistes cosmopolite nichée dans un écrin de verdure en plein Paris.

Afin de célébrer ses 120 ans, le bâtiment en forme hexagonale, vestige de l’exposition universelle de 1900 doté d’une structure métallique de Gustave Eiffel, ouvre ses portes au grand public les 17 et 18 septembre à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.

“C’est le projet d’un utopiste et sculpteur passionné, Alfred Boucher. À l’époque, il a acheté le terrain pour une bouchée de pain dans ce qui était encore la campagne à Paris. Il rêvait d’un phalanstère d’artistes qu’il a construit en récupérant des éléments de l’exposition universelle”, raconte Ernest Pignon-Ernest, considéré comme le père de l’art urbain en France. “C’est un lieu exceptionnel, sur le palier il y a une Iranienne, une Coréenne, deux Grecs, il y avait un Cubain qui est mort récemment. C’est complètement international et c’est un enrichissement”, ajoute l’octogénaire qui a élu domicile dans les lieux en 1973, et y prépare ses “collages”, de grands dessins en noir et blanc collés sur les murs des villes.

La Ruche tire son nom de la forme du bâtiment principal qui abrite des ateliers, comme autant d’alvéoles où vont et viennent, travaillent et vivent les artistes, moyennant un loyer modique, dans un passage du quinzième arrondissement.

“Quand Soutine est arrivé à Paris, il n’avait qu’un papier en poche sur lequel était écrit “La Ruche”! Il a dormi partout ici. Modigliani aussi est venu. Sa tante écrit dans une lettre qu’il va bien, mais qu’il est très maigre”, informe Ernest Pignon-Ernest, intarissable sur l’histoire de ce lieu au cœur de l’effervescence artistique du Montparnasse du début du XXe siècle.

Ernest Pignon-Ernest qui dispose lui-même d’un vaste espace rempli de dessins originaux de ses amis “Sfar, Reiser, Tardi, Willem, Cabu, Wolinski”, de livres et de photos, donnant sur le jardin, est un peu la mémoire des lieux. À l’instar de son compatriote Léonard Leoni, né à la Ruche en 1933, qui a appris la mosaïque ici avec de grands mosaïstes italiens et réalisé nombre de fresques pour Braque, Léger ou Chagall.

“C’est un lieu de travail commun qui me préserve de la solitude et de laisser tomber. Ça nourrit l’envie de continuer. C’est très précieux”, confie Nicky Rieti, Américain septuagénaire, décorateur et scénographe, adepte des dioramas. Bonnet noir enfoncé sur la tête, Nicky s’affaire, avec ses collègues et amis, à installer l’exposition collective présentée à l’occasion des portes ouvertes.La Ruche, cité d’artistes cosmopolite et séculaire, à Paris.

 
 


“C’est un miracle de me retrouver ici”, dit Anna Foka, 47 ans, peintre grecque installée à la Ruche depuis 16 ans. “Je peins la nuit, je peins tout le temps, j’y dors, j’y écris, j’ai parfois envie de pousser les murs, mais je peux dire que c’est vraiment chez moi”, ajoute-t-elle.

“Penser à tous les grands artistes qui nous ont précédé nous oblige à continuer. C’est une responsabilité”, commente Mohamed Himat, Kurde irakien de 62 ans, aux tableaux très colorés dont les motifs semblent s’échapper de la toile.

Le bâtiment de la Ruche s’élève sur deux niveaux au milieu d’un vaste jardin où des arbres de plus de vingt mètres de hauteur voisinent avec une végétation luxuriante en cette fin d’été, un chat, des statues et des blocs de marbre de Carrare recouverts de mousse. Elle accueille une quarantaine d’artistes de toutes nationalités.

De nouveaux candidats, dont les dossiers affluent et sont sélectionnés par le conseil d’administration, devraient bientôt les rejoindre, précise Jérôme Clément, président de la fondation La Ruche-Seydoux, qui gère le lieu.

 

Menacée de destruction à la faveur d’un projet immobilier dans les années 70, la Ruche a été “sauvée” par une forte mobilisation, dont celle d’André Malraux et des mécènes Geneviève et René Seydoux, dont la fondation vise à pérenniser ce “lieu vivant de création artistique ouvert à tous”, selon M. Clément.

Son histoire s’est aussi construite à travers les grands noms du théâtre comme Louis Jouvet et Klaus Michael Grüber qui y ont travaillé et vécu.

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La fabuleuse histoire de la Ruche, cité d’artistes en plein Paris

 
La Ruche a ouvert ses portes aux Chagall, Soutine, Zadkine et nombre d’artistes juifs fuyant les pogroms au tournant du XXe siècle et continue d’abriter leur "descendance" internationale. C’est la Ruche, cité d’artistes cosmopolite nichée dans un écrin de verdure en plein Paris. Afin de célébrer ses 120 ans, le bâtiment en forme hexagonale, vestige de l’exposition universelle de 1900 doté d’une structure métallique de Gustave Eiffel, ouvre ses portes au grand public les 17 et 18 septembre à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. "C’est le projet d’un utopiste et sculpteur passionné, Alfred Boucher. À l’époque, il a acheté le terrain pour une bouchée de pain dans ce qui était encore la campagne à Paris. Il rêvait d’un phalanstère d’artistes qu’il a construit en récupérant des éléments de l’exposition universelle", raconte Ernest Pignon-Ernest, considéré comme le père de l’art urbain en France. "C’est un lieu exceptionnel, sur le palier il y a une Iranienne, une Coréenne, deux Grecs, il y avait un Cubain qui est mort récemment. C’est complètement international et c’est un enrichissement", ajoute l’octogénaire qui a élu domicile dans les lieux en 1973, et y prépare ses "collages", de grands dessins en noir et blanc collés sur les murs des villes. La Ruche tire son nom de la forme du bâtiment principal qui abrite des ateliers, comme autant d’alvéoles où vont et viennent, travaillent et vivent les artistes, moyennant un loyer modique, dans un passage du quinzième arrondissement. "Quand Soutine est arrivé à Paris, il n’avait qu’un papier en poche sur lequel était écrit "La Ruche"! Il a dormi partout ici. Modigliani aussi est venu. Sa tante écrit dans une lettre qu’il va bien, mais qu’il est très maigre", informe Ernest Pignon-Ernest, intarissable sur l’histoire de ce lieu au cœur de l’effervescence artistique du Montparnasse du début du XXe siècle. Ernest Pignon-Ernest qui dispose lui-même d’un vaste espace rempli de dessins originaux de ses amis "Sfar, Reiser, Tardi, Willem, Cabu, Wolinski", de livres et de photos, donnant sur le jardin, est un peu la mémoire des lieux. À l’instar de son compatriote Léonard Leoni, né à la Ruche en 1933, qui a appris la mosaïque ici avec de grands mosaïstes italiens et réalisé nombre de fresques pour Braque, Léger ou Chagall. "C’est un lieu de travail commun qui me préserve de la solitude et de laisser tomber. Ça nourrit l’envie de continuer. C’est très précieux", confie Nicky Rieti, Américain septuagénaire, décorateur et scénographe, adepte des dioramas. Bonnet noir enfoncé sur la tête, Nicky s’affaire, avec ses collègues et amis, à installer l’exposition collective présentée à l’occasion des portes ouvertes.La Ruche, cité d’artistes cosmopolite et séculaire, à Paris.
 
 
"C’est un miracle de me retrouver ici”, dit Anna Foka, 47 ans, peintre grecque installée à la Ruche depuis 16 ans. “Je peins la nuit, je peins tout le temps, j’y dors, j’y écris, j’ai parfois envie de pousser les murs, mais je peux dire que c’est vraiment chez moi", ajoute-t-elle. "Penser à tous les grands artistes qui nous ont précédé nous oblige à continuer. C’est une responsabilité", commente Mohamed Himat, Kurde irakien de 62 ans, aux tableaux très colorés dont les motifs semblent s’échapper de la toile. Le bâtiment de la Ruche s’élève sur deux niveaux au milieu d’un vaste jardin où des arbres de plus de vingt mètres de hauteur voisinent avec une végétation luxuriante en cette fin d’été, un chat, des statues et des blocs de marbre de Carrare recouverts de mousse. Elle accueille une quarantaine d’artistes de toutes nationalités. De nouveaux candidats, dont les dossiers affluent et sont sélectionnés par le conseil d’administration, devraient bientôt les rejoindre, précise Jérôme Clément, président de la fondation La Ruche-Seydoux, qui gère le lieu.
 
Menacée de destruction à la faveur d’un projet immobilier dans les années 70, la Ruche a été "sauvée" par une forte mobilisation, dont celle d’André Malraux et des mécènes Geneviève et René Seydoux, dont la fondation vise à pérenniser ce "lieu vivant de création artistique ouvert à tous", selon M. Clément. Son histoire s’est aussi construite à travers les grands noms du théâtre comme Louis Jouvet et Klaus Michael Grüber qui y ont travaillé et vécu.
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