George Weah, l’homme qui est passé des pieds en or à un destin doré

L’ancien footballeur a été élevé par sa grand-mère dans le bidonville de Clara Town. Sa popularité est exceptionnelle parmi les classes les plus défavorisées.

Le champion a pleuré. Jeudi 28 décembre 2017 , George Weah, l’étoile du football africain, a remporté une des victoires les plus importantes de sa vie. Mais dans son propre pays cette fois-ci. A 51 ans, l’ancien footballeur international vient d’être largement élu président du Liberia, avec 61,5 % des voix, contre 38,5 % pour son adversaire, le vice-président sortant, Joseph Boakai. Devant une foule en transe venue applaudir son « héros », « celui qui va enfin [leur] donner une voix », comme le répétaient ses partisans, il a du mal à cacher son émotion.

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/29/george-weah-l-enfant-du-ghetto-devenu-president_5235874_3212.html

Sa popularité, déjà importante pendant sa carrière à l’étranger, est exceptionnelle parmi les classes les plus défavorisées de Monrovia, qui représentent l’essentiel de la population, entassée dans les nombreux ghettos que compte la capitale. « Imaginez que vous vivez dans un pays où une petite élite a tout, et le reste n’a rien. Aujourd’hui, notre nouveau président va redonner son pouvoir au peuple », expliquait, les larmes aux yeux, une vieille dame venue participer aux festivités.

Après des débuts comme gardien de but dans un petit club de la banlieue de Monrovia, George Weah se retrouve au poste d’avant-centre dans un club camerounais. En 1988, alors âgé de 22 ans, le jeune footballeur est repéré par le Français Arsène Wenger, entraîneur à l’époque de l’AS Monaco. La même année, il s’envole pour la principauté.

Pendant quatorze ans, l’attaquant va alors jouer dans les plus grands clubs européens, du Paris-Saint-Germain (PSG) au Milan AC, en passant par Chelsea, Manchester City et l’Olympique de Marseille. En 1995, George Weah, qui reste très attaché à la France, dont il a obtenu la nationalité et parle couramment la langue, remporte le Ballon d’or pour ses prestations avec le PSG en Coupe d’Europe. Jusqu’à aujourd’hui, il est l’unique Africain détenteur du titre.

Pendant ce temps, au Liberia, une guerre civile ravage le pays, de 1989 à 2003. George Weah est absent de ce conflit, qui fit quelque 250 000 morts pendant qu’il menait sa brillante carrière en Europe. « Je n’ai jamais entendu un seul Libérien critiquer Weah pour ça, dit Hassan Bility, militant des droits humains. Au contraire, pour eux, c’ était la seule chose positive que le Liberia avait à ce moment-là : une success story qui donnait une image brillante, pour une fois, du pays. »

L’élection de 2017 marque un tournant dans l’histoire du Liberia. Pour la première fois depuis la création du pays, en 1822, le vainqueur est un « enfant du ghetto ». La gloire mondiale du football des années 2000 est née à Clara Town, un bidonville entouré par la mer. Il a été élevé par sa grand-mère dans une petite maison délabrée, dans la plus grande pauvreté. Enfant, il travaillait déjà comme réparateur de téléphones. Mais le ballon, qu’il a toujours aimé taper dans les ruelles boueuses du ghetto, va changer sa vie.

Depuis son élection, la situation économique du pays, l’un des plus pauvres du monde, s’est encore aggravée, en raison notamment de la crise du coronavirus, et la popularité de l’unique Africain ayant rapporté le Ballon d’Or s’est largement érodée, notamment auprès des jeunes qui l’avaient porté au pouvoir.

Des rumeurs lui ont attribué, ces derniers mois, la volonté de tirer profit du changement de Constitution qu’il appelle de ses vœux pour aller au-delà de la limite de deux mandats présidentiels, comme viennent de le faire ses homologues de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, des pays voisins du Libéria, Alpha Condé et Alassane Ouattara.

Horizon 2034

«Il briguera un troisième mandat simplement parce que ses six premières années se seraient déroulées sous une autre Constitution. Voter “oui” au référendum serait une erreur», estime le sénateur d’opposition Darius Dillon.

En se targuant d’une «remise à zéro» de son compteur présidentiel, l’enfant des bidonvilles de Monrovia pourrait non seulement se représenter en 2024 pour un second mandat (de cinq ans), mais aussi encore une fois en 2029, ce qui rendrait possible une présidence Weah jusqu’en 2034.

https://www.journaldemontreal.com/2020/12/06/liberia-un-referendum-test-pour-le-president-george-weah

Share on
Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest

George Weah, l’homme qui est passé des pieds en or à un destin doré

L’ancien footballeur a été élevé par sa grand-mère dans le bidonville de Clara Town. Sa popularité est exceptionnelle parmi les classes les plus défavorisées.

Le champion a pleuré. Jeudi 28 décembre 2017 , George Weah, l’étoile du football africain, a remporté une des victoires les plus importantes de sa vie. Mais dans son propre pays cette fois-ci. A 51 ans, l’ancien footballeur international vient d’être largement élu président du Liberia, avec 61,5 % des voix, contre 38,5 % pour son adversaire, le vice-président sortant, Joseph Boakai. Devant une foule en transe venue applaudir son « héros », « celui qui va enfin [leur] donner une voix », comme le répétaient ses partisans, il a du mal à cacher son émotion.

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/29/george-weah-l-enfant-du-ghetto-devenu-president_5235874_3212.html

Sa popularité, déjà importante pendant sa carrière à l’étranger, est exceptionnelle parmi les classes les plus défavorisées de Monrovia, qui représentent l’essentiel de la population, entassée dans les nombreux ghettos que compte la capitale. « Imaginez que vous vivez dans un pays où une petite élite a tout, et le reste n’a rien. Aujourd’hui, notre nouveau président va redonner son pouvoir au peuple », expliquait, les larmes aux yeux, une vieille dame venue participer aux festivités.

Après des débuts comme gardien de but dans un petit club de la banlieue de Monrovia, George Weah se retrouve au poste d’avant-centre dans un club camerounais. En 1988, alors âgé de 22 ans, le jeune footballeur est repéré par le Français Arsène Wenger, entraîneur à l’époque de l’AS Monaco. La même année, il s’envole pour la principauté.

Pendant quatorze ans, l’attaquant va alors jouer dans les plus grands clubs européens, du Paris-Saint-Germain (PSG) au Milan AC, en passant par Chelsea, Manchester City et l’Olympique de Marseille. En 1995, George Weah, qui reste très attaché à la France, dont il a obtenu la nationalité et parle couramment la langue, remporte le Ballon d’or pour ses prestations avec le PSG en Coupe d’Europe. Jusqu’à aujourd’hui, il est l’unique Africain détenteur du titre.

Pendant ce temps, au Liberia, une guerre civile ravage le pays, de 1989 à 2003. George Weah est absent de ce conflit, qui fit quelque 250 000 morts pendant qu’il menait sa brillante carrière en Europe. « Je n’ai jamais entendu un seul Libérien critiquer Weah pour ça, dit Hassan Bility, militant des droits humains. Au contraire, pour eux, c' était la seule chose positive que le Liberia avait à ce moment-là : une success story qui donnait une image brillante, pour une fois, du pays. »

L’élection de 2017 marque un tournant dans l’histoire du Liberia. Pour la première fois depuis la création du pays, en 1822, le vainqueur est un « enfant du ghetto ». La gloire mondiale du football des années 2000 est née à Clara Town, un bidonville entouré par la mer. Il a été élevé par sa grand-mère dans une petite maison délabrée, dans la plus grande pauvreté. Enfant, il travaillait déjà comme réparateur de téléphones. Mais le ballon, qu’il a toujours aimé taper dans les ruelles boueuses du ghetto, va changer sa vie.

Depuis son élection, la situation économique du pays, l’un des plus pauvres du monde, s’est encore aggravée, en raison notamment de la crise du coronavirus, et la popularité de l’unique Africain ayant rapporté le Ballon d’Or s’est largement érodée, notamment auprès des jeunes qui l’avaient porté au pouvoir.

Des rumeurs lui ont attribué, ces derniers mois, la volonté de tirer profit du changement de Constitution qu’il appelle de ses vœux pour aller au-delà de la limite de deux mandats présidentiels, comme viennent de le faire ses homologues de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, des pays voisins du Libéria, Alpha Condé et Alassane Ouattara.

Horizon 2034

«Il briguera un troisième mandat simplement parce que ses six premières années se seraient déroulées sous une autre Constitution. Voter "oui" au référendum serait une erreur», estime le sénateur d’opposition Darius Dillon.

En se targuant d’une «remise à zéro» de son compteur présidentiel, l’enfant des bidonvilles de Monrovia pourrait non seulement se représenter en 2024 pour un second mandat (de cinq ans), mais aussi encore une fois en 2029, ce qui rendrait possible une présidence Weah jusqu’en 2034.

https://www.journaldemontreal.com/2020/12/06/liberia-un-referendum-test-pour-le-president-george-weah

Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest