Embargo sur les denrées alimentaires en Asie

 

Plusieurs pays d’Asie ont annoncé récemment des restrictions sur l’exportation de certains de leur produits alimentaires, tels que le blé, le sucre ou le poulet.

Ces embargos pourraient préfigurer une aggravation de la crise alimentaire mondiale. David Beasley, le chef du programme alimentaire mondiale, estime que les conditions actuelles sont pires que celles qui étaient réunies lors des émeutes de la faim en 2007-2008 et selon l’organisation mondiale du commerce, une crise alimentaire mondiale est imminente et menaceraient de famine cinquante millions de personnes supplémentaire par rapport à la crise de 2007-2008.

Une crise alimentaire se profilait déjà avant le début du conflit en Ukraine mais la menace s’est accélérée avec la mise à l’arrêt des exportions de blé d’un des plus importants producteurs de la planète, l’Ukraine étant considérée comme le troisième exportateur mondial au début du conflit.

Dès le commencement de la guerre, des états, notamment en Afrique du Nord avec l’Égypte en particulier, se sont tournés vers l’Inde, un des trois plus importants exportateurs. Mais avec un phénomène climatique extrême au printemps et des températures proches des 50˚C, le pays a décidé de modifier sa politique d’exportation. Sous l’effet cette chaleur inhabituelle, les exploitations agricoles ont fortement souffert et le prix du blé et de la farine s’est envolé de 20 à 40%.

Le 14 mai, le gouvernement indien a décidé d’interdire les exportations de blé, ce qui a accentué l’augmentation du prix de la céréale, déjà élevé en raison de la crise agricole et du conflit en Ukraine. Les exportations ne sont pas complètement bloquées car l’Inde va honorer les contrats conclus avant le décret d’interdiction et approuvera au cas par cas les demandes d’exportation vers d’autres pays pour répondre à leur besoin.

Le ministre allemand de l’agriculture, Cem Özdemir, s’est inquiété le jour même la décision de l’Inde en indiquant que si tout le monde commence à imposer de telles restrictions à l’exportation ou même à fermer les marchés, cela ne fera qu’aggraver la crise et nuira aussi à l’Inde et à ses agriculteurs.

L’inquiétude est montée d’un cran lorsque l’inde a pris une nouvelle mesure le 24 mai et décidé de limiter aussi les exportations de sucre. Deuxième producteur et exportateur mondial de sucre derrière le Brésil, l’Inde plafonne ses exportations de sucre à dix millions de tonnes pour la période de commercialisation étalée entre octobre et septembre. Cette décision rentrera en vigueur le 1er juin et le gouvernement indien l’explique par sa volonté de maintenir une disponibilité intérieure et stabiliser ls prix pendant la saison sucrière.

Il a cependant indiqué que les exportations devraient atteindre un niveau très élevé avec des contrats signés à hauteur d’environ neuf millions de tonnes dont 7,8 millions déjà expédiés. Ces décisions prises par l’Inde ont été imitées par d’autres pays d’Asie du Sud Est, comme la Malaisie qui a interdit l’exportation de poulet pour lutter contre une pénurie sur son marché national. Le 23 mai, le premier ministre malaisien, Ismail Sabri Yaakob, a indiqué que les exportations mensuelles d’environ 3,6 millions de poulets cesseraient le 1er juin jusqu’à ce que les prix et l’offre se stabilisent et en précisant que la préoccupation du gouvernement malaisien était de palier à l’augmentation des prix et au faible approvisionnement actuel en poulet de la population.

Singapour voit dans cette décision un risque pour son approvisionnement alimentaire car les importations malaisiennes représentent un tiers de ses importations de poulet, la Malaisie exportant aussi des poulets vers Hong-Kong, la Thaïlande et le Japon. Un autre produit servant de base à l’alimentation mondiale, l’huile végétale, a fait l’objet de restrictions particulières. Les prix avaient déjà commencé à augmenter et des pénuries à être constatées dans des supermarchés depuis le début du conflit en Ukraine et la décision de l’Indonésie, prise le 28 avril de suspendre les exportations d’huile de palme ne devrait pas aider à détendre la situation.

Le pays assure 60% de la production mondiale d’huile de palme dont un tiers pour son marché intérieur et exporte principalement en Chine, Inde, Union européenne et Pakistan. La situation a évolué le 19 mai, le président indonésien, Joko Widodo, indiquant reprendre les exportations à partir du 23 mai pour tenir compte de la situation de l’offre et des dix-sept millions de personnes employées dans le secteur de l’huile de palme, tout en prévenant que son gouvernement s’assurerait que la demande soit satisfaite à un prix abordable.

Cette annonce a été accueillie avec soulagement par le secteur car les capacités de stockage approchaient la saturation. Cependant, les prix des huiles végétales avaient déjà atteint des sommets lors de l’annonce de la fin des exportations fin avril, l’Ukraine ne pouvant plus de son côté exporter d’huile de tournesol alors qu’elle représente 50% du commerce mondial. Le 25 mai, la secrétaire générale de l’organisation mondiale du commerce a demandé à limiter les restrictions aux exportations de produits alimentaires, la guerre en Ukraine faisant craindre pour la sécurité alimentaire mondiale.

Lors du forum économique mondial de Davos, Ngozi Okonjo-Iweala a précisé que vingt-deux pays totalisaient quarante et une restrictions ou interdictions d’exportations de nourriture sur les cent soixante-quatre membres que compte l’OMC. Elle a exclu toute forme de panique mais a tenu à indiquer qu’il ne fallait pas que la situation se détériore et conduise à une hausse des prix. La secrétaire générale a rappelé que les mesures de restrictions étaient possibles dans le cadre de l’OMC pour des raisons de sécurité mais qu’elles devaient être temporaires, transparentes et proportionnées.

De son côté, la Banque mondiale a alerté sur les effets de la hausse des prix qui se ressentaient déjà chez les plus pauvres et les plus vulnérables. La Banque mondiale va ainsi consacrer douze milliards de dollars sur les quinze prochains mois dans des projets visant à répondre à la crise alimentaire. Son président, David Malpass, a demandé aux pays de faire des efforts concertés pour augmenter l’approvisionnement en énergie et en engrais, aider les agriculteurs à augmenter les cultures, améliorer leur rendement et supprimer les politiques qui bloquent les exportations et les importations et qui encouragent le stockage inutile.

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/ble-sucre-huile-poulet-en-asie-les-embargos-secouent-la-securite-alimentaire-mondiale_2174289.html

 

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Embargo sur les denrées alimentaires en Asie

 

Plusieurs pays d’Asie ont annoncé récemment des restrictions sur l’exportation de certains de leur produits alimentaires, tels que le blé, le sucre ou le poulet.

Ces embargos pourraient préfigurer une aggravation de la crise alimentaire mondiale. David Beasley, le chef du programme alimentaire mondiale, estime que les conditions actuelles sont pires que celles qui étaient réunies lors des émeutes de la faim en 2007-2008 et selon l’organisation mondiale du commerce, une crise alimentaire mondiale est imminente et menaceraient de famine cinquante millions de personnes supplémentaire par rapport à la crise de 2007-2008.

Une crise alimentaire se profilait déjà avant le début du conflit en Ukraine mais la menace s’est accélérée avec la mise à l’arrêt des exportions de blé d’un des plus importants producteurs de la planète, l’Ukraine étant considérée comme le troisième exportateur mondial au début du conflit.

Dès le commencement de la guerre, des états, notamment en Afrique du Nord avec l’Égypte en particulier, se sont tournés vers l’Inde, un des trois plus importants exportateurs. Mais avec un phénomène climatique extrême au printemps et des températures proches des 50˚C, le pays a décidé de modifier sa politique d’exportation. Sous l’effet cette chaleur inhabituelle, les exploitations agricoles ont fortement souffert et le prix du blé et de la farine s’est envolé de 20 à 40%.

Le 14 mai, le gouvernement indien a décidé d’interdire les exportations de blé, ce qui a accentué l’augmentation du prix de la céréale, déjà élevé en raison de la crise agricole et du conflit en Ukraine. Les exportations ne sont pas complètement bloquées car l’Inde va honorer les contrats conclus avant le décret d’interdiction et approuvera au cas par cas les demandes d’exportation vers d’autres pays pour répondre à leur besoin.

Le ministre allemand de l’agriculture, Cem Özdemir, s’est inquiété le jour même la décision de l’Inde en indiquant que si tout le monde commence à imposer de telles restrictions à l’exportation ou même à fermer les marchés, cela ne fera qu’aggraver la crise et nuira aussi à l’Inde et à ses agriculteurs.

L’inquiétude est montée d’un cran lorsque l’inde a pris une nouvelle mesure le 24 mai et décidé de limiter aussi les exportations de sucre. Deuxième producteur et exportateur mondial de sucre derrière le Brésil, l’Inde plafonne ses exportations de sucre à dix millions de tonnes pour la période de commercialisation étalée entre octobre et septembre. Cette décision rentrera en vigueur le 1er juin et le gouvernement indien l’explique par sa volonté de maintenir une disponibilité intérieure et stabiliser ls prix pendant la saison sucrière.

Il a cependant indiqué que les exportations devraient atteindre un niveau très élevé avec des contrats signés à hauteur d’environ neuf millions de tonnes dont 7,8 millions déjà expédiés. Ces décisions prises par l’Inde ont été imitées par d’autres pays d’Asie du Sud Est, comme la Malaisie qui a interdit l’exportation de poulet pour lutter contre une pénurie sur son marché national. Le 23 mai, le premier ministre malaisien, Ismail Sabri Yaakob, a indiqué que les exportations mensuelles d’environ 3,6 millions de poulets cesseraient le 1er juin jusqu’à ce que les prix et l’offre se stabilisent et en précisant que la préoccupation du gouvernement malaisien était de palier à l’augmentation des prix et au faible approvisionnement actuel en poulet de la population.

Singapour voit dans cette décision un risque pour son approvisionnement alimentaire car les importations malaisiennes représentent un tiers de ses importations de poulet, la Malaisie exportant aussi des poulets vers Hong-Kong, la Thaïlande et le Japon. Un autre produit servant de base à l’alimentation mondiale, l’huile végétale, a fait l’objet de restrictions particulières. Les prix avaient déjà commencé à augmenter et des pénuries à être constatées dans des supermarchés depuis le début du conflit en Ukraine et la décision de l’Indonésie, prise le 28 avril de suspendre les exportations d’huile de palme ne devrait pas aider à détendre la situation.

Le pays assure 60% de la production mondiale d’huile de palme dont un tiers pour son marché intérieur et exporte principalement en Chine, Inde, Union européenne et Pakistan. La situation a évolué le 19 mai, le président indonésien, Joko Widodo, indiquant reprendre les exportations à partir du 23 mai pour tenir compte de la situation de l’offre et des dix-sept millions de personnes employées dans le secteur de l’huile de palme, tout en prévenant que son gouvernement s’assurerait que la demande soit satisfaite à un prix abordable.

Cette annonce a été accueillie avec soulagement par le secteur car les capacités de stockage approchaient la saturation. Cependant, les prix des huiles végétales avaient déjà atteint des sommets lors de l’annonce de la fin des exportations fin avril, l’Ukraine ne pouvant plus de son côté exporter d’huile de tournesol alors qu’elle représente 50% du commerce mondial. Le 25 mai, la secrétaire générale de l’organisation mondiale du commerce a demandé à limiter les restrictions aux exportations de produits alimentaires, la guerre en Ukraine faisant craindre pour la sécurité alimentaire mondiale.

Lors du forum économique mondial de Davos, Ngozi Okonjo-Iweala a précisé que vingt-deux pays totalisaient quarante et une restrictions ou interdictions d’exportations de nourriture sur les cent soixante-quatre membres que compte l’OMC. Elle a exclu toute forme de panique mais a tenu à indiquer qu’il ne fallait pas que la situation se détériore et conduise à une hausse des prix. La secrétaire générale a rappelé que les mesures de restrictions étaient possibles dans le cadre de l’OMC pour des raisons de sécurité mais qu’elles devaient être temporaires, transparentes et proportionnées.

De son côté, la Banque mondiale a alerté sur les effets de la hausse des prix qui se ressentaient déjà chez les plus pauvres et les plus vulnérables. La Banque mondiale va ainsi consacrer douze milliards de dollars sur les quinze prochains mois dans des projets visant à répondre à la crise alimentaire. Son président, David Malpass, a demandé aux pays de faire des efforts concertés pour augmenter l’approvisionnement en énergie et en engrais, aider les agriculteurs à augmenter les cultures, améliorer leur rendement et supprimer les politiques qui bloquent les exportations et les importations et qui encouragent le stockage inutile.

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/ble-sucre-huile-poulet-en-asie-les-embargos-secouent-la-securite-alimentaire-mondiale_2174289.html

 

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