Coronavirus : un vaccin fiable et efficace d’ici novembre, est-ce vraiment envisageable ?

La course contre le coronavirus bat son plein. Après l’annonce, le mois dernier, de la mise à disposition prochaine d’un vaccin par la Russie, c’est aux États-Unis d’avancer leurs pions. Le gouvernement américain prépare en effet la distribution à grande échelle d’un vaccin d’ici le 1er novembre, soit deux jours avant l’élection présidentielle. Les autorités sanitaires américaines demandent en effet "urgemment" aux États fédérés de faire le nécessaire pour que les centres de distribution puissent être "complètement opérationnels" d'ici à cette date, a écrit le directeur des Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies, dans une lettre envoyée la semaine dernière aux gouverneurs et consultée par l’AFP. 
Des propos qui viennent en écho à ceux de Donald Trump. Candidat à sa réélection, il avait affirmé la semaine dernière que son pays disposerait d’un vaccin "cette année". Mais est-ce scientifiquement possible ?

Les vaccins les plus avancés toujours en essais cliniques
Ces derniers mois, les chercheurs évoquaient plutôt le premier semestre 2021 pour qu'un vaccin voit le jour. "Actuellement, les vaccins les plus avancés sont en phase 3", l'ultime étape avant les résultats définitifs, explique à LCI Bruno Pitard, directeur de recherche au CNRS au Centre de cancérologie et d’immunologie Nantes-Angers. Il évoque notamment les stratégies vaccinales "d’AstraZeneca, de Moderna ou de l’ensemble Pfizer BioNTech". Pour rappel, cette dernière phase consiste à tester le vaccin sur "10.000 à 30.000 personnes" en population générale.
Si la première phase de ces essais cliniques "a montré une innocuité", certains effets secondaires ont néanmoins d'ores et déjà été ressentis par les patients. Pour un vaccin utilisant un adénovirus, "une étude publiée dans The Lancet a montré qu'entre 30 et 40% des gens ressentent des maux de tête, 40 à 50% ont de la température et quelques douleurs musculaires", indique Bruno Pitard. Pour le vaccin de Moderna, les résultats de l'étude publiée dans The New England Journal of Medicine n'ont pas montré d'éléments de toxicité empêchant la poursuite des essais cliniques. "Mais là aussi, 50% des individus ressentaient de la fièvre et une personne avait une température de 39,6°C après la deuxième injection à la dose la plus forte d'ARN", souligne Bruno Pitard.

"L'ensemble des résultats des phases 3 ne sera pas connu au 1er novembre"
Le directeur de recherche au CNRS se montre toutefois optimiste : "Globalement", les premiers résultats sont bons car les vaccins permettent de créer "des anticorps", éléments indispensables pour se protéger du virus. "Récemment, Moderna a d'ailleurs rapporté que des personnes de plus de 55 ans produisaient, elles aussi, des anticorps",  certes en quantité "un peu plus faible que chez des patients plus jeunes". "Mais cela reste supérieur à des patients convalescents", note Bruno Pitard.
Un aspect positif, mais est-il suffisant pour débuter la vaccination aux États-Unis dans moins de huit semaines ? "Tout va vite, même très vite, mais les choses ne sont pas bâclées", assure-t-il. "Les critères de la phase 1 sont respectés, tout comme pour les phases 2 et 3. Tout le monde est mobilisé sur ce vaccin. Dans les hôpitaux, il n'y a plus d'essais cliniques sur d'autres projets, il n'y a plus que ce vaccin." Toutefois, pour le chercheur, "il est certain" que l'ensemble des résultats de la phase 3 "ne sera pas connu au 1er novembre".
Une donnée qui n'est cependant pas un obstacle à la distribution à grande échelle du vaccin. "Ce sont les pays qui délivrent les autorisations de mise sur le marché (AMM)", rappelle Bruno Pitard. "Aux États-Unis, la FDA (l'agence américaine du médicament, ndlr) peut totalement donner son accord pour délivrer l’AMM d'ici au 1er novembre", malgré l'absence de la totalité des résultats de la phase 3. "C’est elle, souverainement, qui le décide." 
"Parfois, des AMM conditionnelles sont délivrées", note-t-il par ailleurs. Elles consistent à donner à des "patients qui en ont besoin" des médicaments en cours de développement, même si "les essais cliniques de phase 3 sont toujours en cours", compte tenu de l'urgence. Une hypothèse jugée "possible" outre-Atlantique.
Idèr Nabili

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